rubis


une source ejacule ses diamants liquides,
avec des rots de richesse,
a l ombre charnelle
des orchidees vermeilles gigantesques
qui exhalent des parfums orange
en volutes etranges.

avec de longues plaintes,
un emeraudier accouche de ses pierres
tiedes et humides
qui s accrochent goulument
aux branches ereintees
par de longs cordeaux ombilicaux d argent.

des topazes sur le sentier
susurrent des sons tres sourds
aux saphirs
caches sous la mousse de platine

en bordure des chemins d or
qui menent a la lumiere,
crotalent, ivres-vivantes
des fleurs d amethystes
sur leurs tiges de cristal.

a l horizon,
juste au-dessus du volcan,
le soleil est une bulle-mystere
deglutie du cratere.

des nuages violet et boursoufles
se metamorphosent dans le ciel mauve.

c est un langage, sans parole
d une atmosphere volage

dans la gueule fumante
de la montagne vivante
bout a gros bouillons
un lac
de rocs
en fusion.

au centre de cet etang dantesque
flotte un large disque de palladium
sur lequel tressaute
eternellement
le corps crucifie
d une femme
pisseuse d ecarlate.

dans la bouche de la morte
coince entre les dents,
etincelle un gros rubis !

un rubis injecte
comme un œil d albinos,
un rubis tenaille
entre les deux machoires,
un rubis de sang
dans la bouche d un cadavre

comme, comme
la parole eblouissante
des cinq sorcieres d ellezelles
cordees et brulees au vif
sur les buchers
sous pretexte de dieu !

ce dieu-la est un salaud !